Ce générique antenne (et celui du cinéma du dimanche soir) vient de l’entreprise américaine Robert Abel And Associates, qui a utilisé les mêmes techniques utilisées pour les génériques des années 70 de la chaine américaine ABC.
Ce ne sont pas des images de synthèse, mais la combinaison de techniques optiques, des caméras motorisées qui filment un décor de manière très précise pour créer des effets de mouvement.
Il y a des infos sur le site archive.org, mais la page est instable et disparait de temps en temps, voici ce que j’ai pu retrouver :
Robert Abel et les séquences animées de la télévision française
C’est une séquence très connue des téléspectateurs de plus de 40 ans. Imaginée et créée par Robert Abel, roi de l’habillage télévisuel des années 70, cette séquence ouvrait l’antenne de TF1. Plutôt que de se plonger dans la nostalgie pure en visionnant uniquement la vidéo, voici un article sur la création de cet habillage.
C’est une TF1 encore naissante que cette séquence venait égayer au gré des ouvertures des programmes et autres décrochages régionaux. La fluidité et la profusion de couleurs de cette séquence spectaculaire venait contraster alors avec les animations rudimentaires de Catherine Chaillet, conceptrice originale du logo et de l’habillage de TF1 depuis sa création le 6 janvier 1975. La séquence nous la devons à la société californienne Robert Abel & Associates (RA&A).
RA&A a reçu en 1976 une commande de TF1 afin qu’ils réalisent plusieurs indicatifs et génériques destinées à l’habillage de la chaîne. La séquence la plus connue, l’indicatif d’ouverture de la chaîne, a été réalisé en 1977 sous le nom de projet « TELEVISION FRANCAISE {PROMO} » dans les studios de la société à Hollywood. Catherine Chaillet, n’était chargée que de la direction artistique de la séquence, Con Pederson de la réalisation.
Con Pederson avait notamment travaillé en compagnie de Douglas Trumbull sur des films de la Nasa à la fin des années 60, avant d’être embauchés par Stanley Kubrick qui leur confiera la tâche de réaliser certains effets spéciaux pour 2001, l’Odyssée de l’Espace, en particulier sur la scène du « trip ». Cette technique de « Slit Scan », sorte de précurseur de motion control qui permet de réaliser toutes sortes d’effets psychédéliques en jouant sur les temps d’ouverture, figurera dans de nombreuses productions RA&A, créée en 1971 par Robert Abel et Con Pederson, qui fréquentèrent les bancs de l’UCLA au début des années 60 aux côtés de Douglas Trumbull. La technique du Slit scan permettait notamment d’animer le « sol » de la séquence TF1.
Techniquement, la séquence TF1 est très similaire aux productions Abel de la fin des années 70 début 80, qui incluaient certains effets spéciaux de Star Trek le Film, Le Trou noir, Tron et même Star Wars. Sur la séquence de TF1, point d’image de synthèse mais le début bien avant Star Wars et son Dykstraflex, de la technique du motion control : des caméras pilotés par des ordinateurs capables de renouveler un même mouvement et ainsi réaliser plusieurs passes d’un même objet, un vaisseau ou bien un logo statique, c’est la caméra montée sur des rails qui en l’occurrence se déplace.
Les couleurs saturées proviennent d’un effet créé par Richard Taylor obtenu grâce à la photographie par rétroéclairage, qui demandait à ce que chaque image développée sur un Kodalith (qui laisse passer la lumière sur les zones claires d’une image) photographiée de nouveau à contre-jour à travers ce Kodalith. Des filtres colorés disposés sur les objectifs combinés à des expositions variées donnaient aux objets et aux décors leur teinte tout en modulant l’intensité lumineuse. Le défilement des Kodalith image par image ainsi que le rétro éclairage étaient pilotés par ordinateur afin d’obtenir une fluidité parfaite des images et obtenir l’effet escompté. Cette méthode surnommée l’effet “candy-apple neon” fut perfectionné par la suite et son utilisation la plus célèbre eut lieu sur les costumes des acteurs de Tron (et dans la série Automan dont tout le monde se souvient)
Du coup, les couleurs sont obtenues sont extrêmement vives mais bavent quelque peu. Il ne reste plus qu’à composer tous les effets sur images positives correspondantes.
La séquence fut projetée notamment à New York en 1977 lors de la 56ème exposition annuelle des directeurs artistiques, à l’occasion de laquelle étaient exposées des films dans le domaine de la publicité et de la promotion au sens plus large. La séquence d’ouverture de TF1 ne disposait alors pas de son accompagnement musical signé Vladimir Cosma, et c’est le Concerto brandebourgeois VI composé par Johann Sebastian Bach qui accompagnait alors les images.
En France, la séquence fut inaugurée en grande pompe à Noël 1977 lors d’une soirée organisée dans les locaux de TF1 rue Cognac Jay, pour marquer le passage complet à la couleur de TF1. Les commentaires dithyrambiques fusaient « Oh ! Une nuée de TF1s », « c’est magnifique » etc … A partir de ce moment là, la séquence rythmait alors les journées de la chaîne jusqu’au milieu des années 80.
La contribution de RA&A pour TF1 ne s’arrête cependant pas à la séquence d’ouverture puisque c’est cette société qui réalise notamment le générique du Cinéma du Dimanche Soir, Téléfoot, Les visiteurs du Mercredi, restez-donc avec nous le lundi …. Un générique inédit réalisé pour TF1 figure dans un Laserdisc Japonais (Visual Pathfinders) reprenant certains démoreel réalisés par la société :
La filiation des séquences réalisées pour TF1 avec d’autres séquences réalisées pour ABC ou TVGlobo sautent aux yeux.
Robert Abel sur le « tournage » de la séquence du cinéma du Dimanche soir
Aujourd’hui les séquences crées par RA&A sont soigneusement archivées à l’Université de Californie à Los Angeles.
GÉNÉRIQUE
Robert Abel & Associates…….. Production Statement
Robert Abel…….. Producer
Con Pederson…….. Director
Catherine Chaillet…….. Art Director
Richard Taylor…….. Production Statement
Wayne Kimbell…….. Production Statement
Dave Stewart…….. Production Statement
Mike Lawler…….. Production Statement
Le thème de Vladimir Cosma accompagnait la séquence multicolore. C’est une réorchestration d’un l’indicatif très classique que Cosma avait composé pour les débuts de la chaîne en 1975, qu’il déclinera également pour la séquence de fermeture d’antenne dans un style plus sobre.
Texte et illustrations : Michel Alexandre