Restauration d’une boîte de réserve Philips type R31

Bonsoir à tous !

Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de faire l’acquisition de cette rareté (pour tout collectionneur Philips :slight_smile: ) :

Il s’agit d’une boîte de tubes de rechange, reprenant l’apparence du poste en question et contenant le jeu complet de tubes, c’est la boite du 2531 :

Lorsque je l’ai récupérée, elle était dans un très mauvais état. Dans ces conditions, la moindre manipulation continuait à abîmer la boîte et à agrandir les déchirures.

Pour moi, il était évident qu’il fallait la restaurer, au moins pour la stabiliser. Mais comment ?

J’ai d’abord envisagé une réparation à la colle vinylique. Puis je me suis ravisé : la colle vinylique est irréversible sur ce type de matériaux, et cela aurait été vraiment dommage.

D’autant plus que ma philosophie tend de plus en plus vers des travaux de restauration et de conservation, et non plus uniquement de réparation.

Je me suis donc laissé le temps de réfléchir et de définir un plan d’action. Après tout, notre meilleur ennemi ici, c’est la précipitation.

Quelques mois et recherches plus tard, me voilà fin prêt à démarrer la restauration !
J’ai sélectionné du papier Japon et de la colle de poisson. Cette colle étant réversible (avec méthode toutefois), si jamais je fais une erreur ou si un futur propriétaire souhaite reprendre certaines zones, cela restera possible.

Je commence par nettoyer très délicatement la poussière à l’aide d’une microfibre, puis je sors délicatement tous les éléments de la boîte :

J’essaie ensuite d’imaginer l’ordre des réparations : d’abord les déchirures sur les faces, puis les zones décollées et enfin les charnières.

Je maintiens la boîte dans certaines positions à l’aide de fils de fer et/ou de fils d’étain. Cela m’aide à dégager les zones de travail.

Une fois la zone de travail accessible, je déchire une bande de papier Japon à la bonne taille. J’insiste sur le mot déchirer et non couper : le résultat sera plus discret et l’adhérence au carton bien meilleure.

Ci-dessous, un côté déchiré (pliage à l’ongle avant la déchirure pour la guider) et un autre coupé :

Je ne coupe le papier Japon aux ciseaux que lorsqu’il doit être appliqué en bordure des zones de réparation.

J’utilise également des feuilles de polyester, car la colle de poisson n’adhère pas sur ce matériau.

  • Éviter les plaques en acétate (sensibles à l’humidité, type feuilles de rétroprojecteur).
  • Ne jamais utiliser de PVC (présence de plastifiants, risque d’adhérence à la colle et composés potentiellement nocifs pour le papier ou le carton ancien).

La colle de poisson s’utilise tiède. Je réalise donc un bain-marie en plongeant les trois quarts du pot dans un bol d’eau bien chaude (environ 60 °C).

Les morceaux de papier Japon étant préparés, je les dispose sur une feuille de polyester. J’applique une couche de colle de poisson à l’aide d’un premier pinceau (attention à ne pas trop en mettre !). Le bon dosage s’acquiert en s’entraînant sur une boîte en carton sans importance — une boîte de cordons bleus, par exemple !

Je récupère ensuite le morceau de papier Japon imbibé à l’aide d’une pince brucelle et le positionne sur la déchirure. Je le plaque délicatement avec un second pinceau, dans le sens des fibres. Il ne faut pas trop tarder : la colle sèche relativement vite.

(Note : sur les photos suivantes, le papier Japon n’est pas imbibé de colle afin de me laisser le temps de prendre les clichés sans faire de bêtises.)

Une fois le papier Japon imbibé et en place, je constitue un « sandwich » avec deux feuilles de polyester et deux cales en bois. L’ensemble est pressé à l’aide d’un serre-joint et laissé à sécher au minimum deux heures (le plus longtemps étant le mieux). Le séchage complet intervient après environ 24 heures.

Par exemple, la réparation d’un trou sur le haut de la boîte donne ceci :

Concernant l’étiquette d’emballage et de vérification : elle était enroulée sur elle-même et collée. Pour la décoller et la remettre en forme, je l’humidifie très légèrement à l’eau chaude, par passes successives, puis je la décolle au pinceau. Il faut être patient afin de ne rien abîmer.

Le papier devient alors poisseux, signe que l’ancienne colle est encore présente et en bon état. Parfait ! Inutile d’en rajouter : le tout est encore humide, je me contente de placer une feuille de polyester, une cale en bois, et de presser à l’aide d’un serre-joint (je laisse sécher plusieurs heures).

À certains endroits, il manque du carton. La réparation se fait donc… en rajoutant du carton !

Les charnières sont, quant à elles, en très mauvais état.

Si une charnière est complètement déchirée, on peut doubler la zone de pliure avec du papier Japon (ou éventuellement du papier kozo/bambou — des essais préalables sont nécessaires).
Si la charnière est simplement très usée, une seule feuille de papier Japon suffit.

Ici, la règle est de laisser sécher la colle dans la position naturelle de la charnière. Il est donc impossible d’utiliser un serre-joint.

Le principe consiste à déposer la bande de papier Japon le long de la charnière, puis à caler celle-ci dans sa forme finale. On utilise des cales en bois pour exercer une légère pression sur les côtés opposés à la charnière, puis on n’y touche plus pendant au minimum 24 heures.

Après séchage, il faudra manipuler la charnière avec la plus grande délicatesse jusqu’à ce qu’elle retrouve une certaine souplesse, afin d’éviter toute déchirure de la réparation.

Sur l’image ci-dessous, la bande de papier Japon imbibée de colle vient d’être posée au pinceau. Le volet va donc être maintenu à 90° afin que l’ensemble sèche dans la position naturelle de la charnière.

Enfin, je remets délicatement en forme le carton intérieur qui accueille les tubes. Il manque une lampe et son papier : la E442. J’ai réussi à trouver une E442 ainsi qu’un papier vert-bleu (au lieu du bleu clair d’origine des trois autres tubes). La différence est visible, mais ce papier provient d’une boîte de tubes Philips quelconque de la même époque. Ce sera déjà une bonne solution, en attendant de trouver la bonne teinte d’origine.

Je pourrais également reprendre le marquage partiellement effacé sur le dessus, mais je préfère m’abstenir. Le risque d’altérer irrémédiablement l’aspect de la boîte est trop important, et je préfère m’arrêter au strict minimum.

L’objectif est avant tout de stabiliser les déchirures et de redonner à cette boîte une véritable forme de boîte et un aspect présentable. En aucun cas je ne cherche une remise à neuf : cela lui ferait perdre tout son charme.

Voici les photos après intervention. L’ensemble du travail réalisé est totalement réversible :

12 « J'aime »

1 « J'aime »

Oui, :top_hat: ,car ce n’était pas gagné au départ.

A +.

1 « J'aime »

Boulot de micro-chirurgie. C’est de l’art.

1 « J'aime »

Chapeau ,oui !
As tu un lourd passé dans la reliure ou autre artisanat ?

1 « J'aime »

C’est super et la première fois que jen vois une !!!

2 « J'aime »

Bravo…idem qu’ Horace, c’est la première fois que j’en vois une.
J’ai celle du 2514, un poil moins rare.

2 « J'aime »

Merci beaucoup pour tous vos messages et encouragements :slight_smile:

@quartdepouce, je n’ai jamais fait de reliure et ces réparations sur carton sont une première pour moi (à part quelques dizaines de membranes de haut-parleurs). Et ça se voit un peu, car je n’ai pas réussi à faire disparaître totalement la grande déchirure sur la face avant (les deux morceaux se sont déplacés lors du pressage). Je ferai mieux la prochaine fois, et cette réparation pourra être reprise le jour où j’aurai plus d’expérience dans ce domaine :slight_smile:

En revanche, la pince brucelle est mon outil de prédilection, et j’ai déjà des centaines de PCBs avec du petit CMS assemblés à la main et à l’œil à mon actif, dont les derniers embarquent des composants avec des boîtiers plus petits que du 0402 métrique (quand je me garde le plaisir de ne pas faire sous-traiter l’assemblage). Ça doit aider un peu :slight_smile:

D’ailleurs, j’ai déjà vu des boîtes pour les 2501 et 2514, mais si vous avez les autres boîtes de tubes, n’hésitez pas à faire de belles photos pour le GL ! J’ai hâte de voir à quoi elles ressemblent :

1 « J'aime »