Restauration d'un haut-parleur Philips 2055

Bonsoir,

Ces derniers temps, j’ai entrepris la restauration d’un haut-parleur :

Ce Philips 2055 équipe un 730A datant d’avant 1932.

La membrane est en mauvais état. Elle a probablement subi la visite de doigts indélicats (à travers le tissu déchiré) ou les conséquences d’une méthode de transport inadaptée (on agrippe le poste par l’orifice laissant apparaître la membrane).
Cette membrane est extrêmement fragile, à peine plus solide qu’une feuille morte séchée.
Le feutre a été en partie mangé par des insectes.

Après un premier nettoyage à sec, je retire délicatement le feutre et l’on remarque que la membrane a déjà été réparée (de façon plutôt grossière).

Ce qui est intéressant, c’est que la personne qui a fait cette réparation a probablement inscrit la date directement dessus : 30/12/1936 !
C’est rigolo, non ? Nous sommes le 30/12/2025.

Pour la suite des opérations, le transformateur est enlevé (2 vis et 2 brasures pour les câbles de la bobine, sous la platine de raccordement).
L’un des deux câbles de la bobine passe à travers la platine de connexion et est brasé sur une cosse circulaire, raccordée au saladier métallique via l’une des deux vis de fixation du transformateur — attention donc au démontage.

On mesure quelques ohms au secondaire et 220 Ω au primaire (avec un point milieu à 100 Ω) : le transformateur est bon.

On démonte les 9 vis en bord de saladier, puis on enlève délicatement l’arceau métallique qui maintient la membrane en position.
On enlève également la vis de maintien et de centrage du haut-parleur, située au centre de la bobine.
Les câbles de la bobine sont maintenus par deux languettes serties et pliées : on les redresse délicatement pour libérer les câbles. Attention, ces languettes sont très fragiles.

Beaucoup de poussière… La ouate (entre le saladier et la membrane) est encore en place !

Après un nettoyage à sec de la poussière, je m’abstiens d’utiliser de l’eau ou des produits chimiques. Cela risquerait de déformer ou d’abîmer les matériaux et liants de la membrane.

D’ailleurs, concernant la membrane, je pense qu’elle est constituée de papier cellulosique chargé en amidon ou en colle protéique, puis pressé pour lui donner sa forme.
(Si quelqu’un connaît les matériaux utilisés, ce serait vraiment utile afin de savoir ce que l’on peut faire — ou non — sur cette dernière.)

J’ai essayé de reprendre la réparation de l’époque (car elle n’est vraiment pas terrible) en tentant de l’enlever.
J’ai fait des essais avec différents solvants, diluants, alcools, etc. (utilisation très modérée et sur de petites zones, afin d’éviter d’abîmer irrémédiablement la membrane), en observant la réaction de la colle ou du vernis utilisé (blanchiment, aspect poisseux, etc.).
Cela afin d’identifier la colle ou le vernis employé, en vain.

Je pense qu’il s’agit d’une colle (animale ?) devenue insoluble avec le temps. Je n’insiste donc pas et laisse finalement la réparation en l’état.
Après tout, cette réparation fait aussi partie de l’histoire de ce haut-parleur : elle est datée, et l’enlever aurait été dommage.

Pour renforcer les déchirures, j’ai utilisé du papier de soie japonais (fibres longues, quelques g au m²). On peut éventuellement prendre du papier à cigarettes non blanchi, mais on évitera absolument les mouchoirs, sopalin, papier toilette, papiers modernes, papier kraft et matériaux synthétiques.

Pour la colle, j’ai utilisé de la colle vinylique. J’ai cependant peur que ce soit une mauvaise pratique et j’essaierai de la colle animale la prochaine fois.
(On évitera absolument les colles époxy, néoprène, cyanoacrylate, etc…)

Cette colle devient transparente en séchant :


Je renforce des deux côtés lorsque c’est très abîmé ou lorsqu’il manque de petits morceaux.
Je ne renforce que d’un côté si la déchirure est simple.
Enfin, j’applique seulement un fin trait de colle au pinceau lorsque la déchirure est vraiment petite.

Pour le remontage, j’ai essayé d’utiliser des languettes en carton :

Malheureusement, une fois en place, il est impossible d’extraire les languettes en carton sans risquer d’abîmer la membrane (ce serait dommage…).
J’ai donc utilisé des languettes en papier, doublées.

Je repose la vis de centrage (attention, un tournevis qui ripe et c’est le drame !) ainsi que l’arceau métallique.
Je fais le centrage à la main, aidé de mes languettes en papier, j’installe 3 vis sur 9 et teste délicatement, manuellement, le centrage.
Cela semble correct : je retire les languettes en papier (on les enlèvera une par une, et non deux par deux).
Je fais un essai en injectant un signal : rien ne frotte, le centrage est bon !

J’installe les 6 dernières vis de l’arceau ainsi que sa feutrine.
Bien que dégradée, elle reste encore correcte et je n’ai pas jugé utile de la remplacer.
Je la colle avec un peu de néoprène gel (pas besoin d’en mettre trop, surtout si elle doit être redémontée un jour).
Je nettoie la ouate au pinceau sec et la réinstalle à sa place.

Je refais un essai en injectant un signal : le centrage est toujours correct !

Je réinstalle le transformateur et réalise les brasures.
Le haut-parleur fonctionne maintenant correctement !
Il est essayé sur un 2515 (en cours de restauration : un beau chantier que j’ai hâte de partager, bientôt).

On notera la mention « MADE IN HOLLAND » sur le saladier et « DARWINS LIMITED ENGLAND » sur l’aimant, probablement l’un des fournisseurs de Philips à l’époque.
Je n’ai pas réussi à trouver d’informations sur cette société.

Je suis très intéressé par vos retours.
J’aimerais savoir s’il y a des choses que j’ai mal ou bien faites : cela m’aiderait beaucoup pour mes restaurations futures !

Bonne soirée,
Seb

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la ouate est une « reparation » d’epoque que l’on pratiquait lorsque la bobine mobile frottait sans l’entrefer

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C’est une bonne info ! Ça expliquerait qu’à la suite de la réparation d’époque, la membrane ai été déformé et frottait. Au lieu de démonter l’ensemble et faire un nouveau centrage, la personne aurait préféré cette « réparation » ! Plus rapide et moins risqué

les boules de coton judicieusement placées ont sauvé de nombreux HP pour des clients peu fortunés

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Bonjour,

j’ai déja trouvé quelques postes au H.P décentré, et muni de boules de coton placé adéquatement, et pratique encore parfois cette astuce, pour des postes « sans valeur » , ou en cas de demande de dépannage rapide aux moindres frais possible !
(C’est connu depuis longtemps et peut redonner vie à un poste sans démonter complètement le HP ni le remplacer …Il faut juste éviter de faire gueuler les watts avec exces ! sinon les boules de coton se déplacent au rythme de la musique puis ça gratte a nouveau !)

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