J’ai déjà détaillé dernièrement ici comment se formait le moirage et je n’y reviendrai plus. Il reste cependant essentiel d’admettre que ce défaut ne peut pas être supprimé efficacement par des moyens gratuits ou génériques, surtout pour des archives déjà numérisées. Les filtres classiques et plugins gratuits échouent presque systématiquement. Ils atténuent le moiré au prix d’une perte massive de détails et d’un lissage artificiel, souvent pire que le défaut initial. Il ne s’agit pas d’une correction véritable, mais d’un compromis juste « dégueulasse » à mes yeux.
Même des logiciels professionnels, pourtant coûteux et sophistiqués, comme le vénérable Photoshop CS6 (ta version 13.0.6 par exemple), illustrent parfaitement cette impasse. La fonction associée à Camera Raw dépend de versions précises, de mises à jour aujourd’hui introuvables, de formats spécifiques et d’un enchevêtrement de conditions qui la rendent de facto inutilisable pour un archivage sérieux. Plus le logiciel s’enrichit de menus, modules et options, moins il apporte de réponses concrètes. L’utilisateur se retrouve face à une véritable usine à gaz, sophistiquée en apparence, mais qui renvoie systématiquement vers la seule issue réellement fonctionnelle : payer davantage via des plugins ou abonnements. Putain de société de consommation !
Quand un outil simple et gratuit fonctionne, il casse le marché. Il réduit la valeur perçue de logiciels plus chers, rend inutile une chaîne de produits et donne trop d’autonomie à l’utilisateur. Cela menace les modèles économiques. La réponse est alors la création systématique d’usine à gaz : couches, options et dépendances sont ajoutées, non pour mieux faire, mais pour reprendre le contrôle, recréer de la valeur artificielle et justifier un prix. Ce cycle se répète aujourd’hui avec le moiré et l’intelligence artificielle. Cette dernière sait enlever le moiré admirablement, souvent en un clic (j’en ai fait la démo ci-dessus), toujours gratuite au début, mais c’est vite verrouillé, monétisé et obscurci par des quotas, crédits ou messages d’échec. Si « enlever le moiré » devient une simple routine, une partie du marché s’effondre et les plugins, abonnements et services disparaissent. Tu comprends donc qu’ils ne vont pas lâcher le morceau aussi facilement tant qu’ils n’auront pas trouvé un autre créneau et d’autres pigeons à plumer.
La bonne nouvelle est que la suppression du moiré finira par être disponible dans le domaine public, sous d’autres formes, mieux intégrée et plus stable. Aujourd’hui, le PNG transparent est devenu banal, gratuit et disponible partout, n’en déplaise à Microsoft et son Paint actuel, et je le répète, le moiré suivra exactement le même chemin. Pour quelques années encore, il faudra s’habituer à deux approches : une numérisation adaptée dès l’origine, avec scanner professionnel de préférence (mais un petit Canon à moins de 100 € fera l’affaire), détramage matériel ou logiciel, angle et résolution corrects, ou des algorithmes d’intelligence artificielle offrant des résultats quasi parfaits, mais verrouillés derrière des offres payantes. Il n’existe pas de solution miracle, stable et universelle pour traiter correctement le moiré sur des documents imprimés déjà numérisés, encore moins à l’échelle de collections entières, comme celles de revues vintages également numérisées par d’autres pas très rigoureux, sans avoir à sacrifier deux ovaires et un testicule.
Mais rassure-toi, il y a toujours une morale dans l’histoire de l’informatique. Les bons outils simples apparaissent brièvement, et dès qu’ils dérangent, on les retire. Une fois l’idée sortie, on ne peut plus la remettre dans la boîte. Je ne suis pas nostalgique : je suis juste témoin d’un cycle que j’ai déjà vu tourner. Cette fois encore, le temps jouera contre les usines à gaz. Attendre des outils réellement accessibles et performants reste donc une attitude raisonnable, pleine de sagesse, à l’image du PNG transparent. Tout vient à point à qui sait attendre, mon cher Didier !
Je suis sur ce putain de texte depuis 1 heure…
Bonne nuit.
RVB