Restauration d’un diffuseur Philips 2019 (première version)

Bonsoir,

Nouvelle restauration sur un diffuseur 2019.

C’est un diffuseur que j’ai acheté sur LBC et, malgré son état extérieur, je le voulais car il s’agit de l’une des premières versions de ce modèle (avec le teinte H1), que je n’avais pas encore (il semble exister au moins trois versions du 2019). Cela se caractérise par le fait que l’extérieur est composé de deux coques en Philite parfaitement symétriques. Malin et mécaniquement robuste ! Je me demande d’ailleurs pourquoi Philips a changé cette façon de procéder par la suite, car les versions d’après possèdent plein de défauts de tension mécaniques pouvant fissurer la Philite…

Il est dans un très mauvais état extérieur. Et toute personne ayant déjà ouvert ce modèle sait à quoi s’attendre à l’intérieur quand le nez du diffuseur est enfoncé (et pourtant, j’ai quand même été surpris !). Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’a jamais été ouvert auparavant ! Ça me donne donc une excellente idée de la manière dont il a été assemblé à l’origine (souvent, pour ces modèles, après une réparation, le remontage n’est pas fidèle à leurs sorties d’usine…).

Ça me fait d’ailleurs mal au cœur de devoir détruire les scellés, mais vu l’état, pas le choix ! Pour me donner bonne conscience, je prends quand même l’empreinte des scellés en brai pour les conserver dans mes archives.

J’utilise un aspirateur pour évacuer les débris de brai. Ça évite d’en mettre partout (d’autant plus que les poussières et fumées (dégagées si chauffées) peuvent être toxiques et cancérigènes). Bien que le risque soit minime, je préfère ne pas le prendre.

Une fois la dernière vis retirée, je ne m’attendais pas à découvrir un tel intérieur :

Sans surprise, le moteur et sa membrane sont cassés. En revanche, je ne m’attendais pas à trouver autant d’insectes morts dedans ! Les parois semblent recouvertes d’un liquide pâteux qui aurait séché et est devenu dur (faut pas avoir le nez dessus pour l’odeur).

Bref, y a du boulot ! Alors au boulot !!!

Chose amusante, lors du démontage, j’ai retrouvé ce petit papier, enroulé sur lui-même, entre la grille avant et le tissu. Je ne sais pas à quoi il correspond. Peut-être que l’un d’entre vous pourra nous apporter plus d’explications :

Je commence par démonter le moteur, histoire d’y voir plus clair sur ce qu’il y a à faire.

C’est un moteur type 2044 à 3 impédances (je mesure 500 Ω, 1375 Ω et le total à 1875 Ω), le manuel n’est pas encore lié à la fiche du moteur, alors le voici (vous trouverez toutes les instructions de ce qu’il faut faire, ne pas faire et comment le démonter) :

Les dégâts sont importants ! Même l’étrier de suspension est complètement tordu (je n’avais encore jamais vu ça…). Les tiges d’appui sont cassées et la tige du cône est en trois morceaux, il va falloir refaire tout ça.
Le cordon, lui, est complètement bouffé par l’oxydation, il se détache bout à bout, il n’y a plus rien à en tirer. La membrane est déchirée mais aussi déformée par endroits. Les pièces de fixation du cône sont déformées.

Par comparaison, un moteur en bon état et le nôtre :

Une vue en éclaté du moteur éclaté :

Je continue la suite du démontage :

Je vais essayer de nettoyer la Philite. En plongeant dans de l’eau à 40/50 °C avec du savon noir, l’espèce de « chose » durcie ne ramollit que très légèrement. Je décide donc de tremper tous les éléments en Philite plus d’une nuit dans de l’eau et du savon noir.

Malheureusement, au lendemain matin, le trempage a été inefficace ! La « chose » est toujours très difficile à retirer. À certains endroits, le produit lourdement pâteux semble transparent, cristal.
J’ai pensé à de la sève ou à un produit à base de sucre (qui aurait attiré les insectes) ? Mais ça se serait dissout dans l’eau… Finalement, je n’ai pas réussi à identifier la composition de la « chose ».

Il m’aura fallu des heures et des heures et des heures, et encore des heures, avant de réussir à tout ravaler ! J’aurai gratté (avec des demi-bâtonnets en bois), frotté avec de vieilles brosses à dents et des pinceaux à poils durs, longtemps, longtemps, de manière interminable ! Mais j’ai réussi !
La méthode qui aura le mieux fonctionné est de fixer un pinceau sur la visseuse manuelle, de l’utiliser sous l’eau chaude en ajoutant régulièrement du savon noir. La chose vient se fixer sur le pinceau (mais le pinceau est foutu après l’opération…).

Après ça, je détords les pièces de fixation du cône. C’est une personne qui a une parfaite maîtrise du tour qui m’a usiné l’outil de remise en forme (qui, mine de rien, me sert quand même régulièrement… je devrais être plus regardant sur le matériel que j’achète… non ?). Je remercie d’ailleurs encore cette personne pour ce grand service ! :smiley:

J’en profite pour redonner une forme droite au petit pont. Pour ce faire, je le place sur un plat d’un étau, je pose une cale en bois sur le dessus et je tapote avec un marteau !

Je vais aussi redresser l’étrier de suspension à l’aide de cales en bois et d’un marteau :

Pendant qu’on y est, je nettoie les zones de rouille avec de la paille de fer, puis je convertis et protège la rouille :

La Philite est rayée par endroits, je n’aime pas faire ça, mais je n’ai pas le choix ! Il va falloir polir les zones abîmées :

J’ai voulu réparer la zone de bakélite cassée. J’ai réalisé mon moule en silicone, j’ai fait mes essais de teinte des échantillons d’époxy pour retrouver les mêmes couleurs et motifs que sur la Philite, et je suis plutôt satisfait des résultats ! … mais, au dernier moment, j’ai décidé de ne pas le faire. Et je pense avoir bien fait. En réalité, la zone cassée est peu visible, elle n’est pas critique pour la stabilité mécanique de la Philite, alors pourquoi le faire ?
En restauration, on ne cherche pas à rendre l’objet le plus brillant, neuf et exempt de défauts possible. La règle, c’est que tout ce qui n’est pas nécessaire à la conservation de l’objet ne doit pas être fait (encore plus si l’intervention pratiquée n’est pas réversible !).

Trois petites photos de la préparation du moule, histoire de dire que je sais le faire.

Enfin, pour la coque en Philite, j’applique la cire microcristalline.
Rappel : il faut appliquer ce produit avec parcimonie !!! Si vous en mettez trop, cela laissera des traces visibles que vous aurez du mal à rattraper (vraiment !). Préférez plusieurs passes avec des couches fines plutôt qu’une seule passe avec une couche trop épaisse :wink:

Passons maintenant à la membrane !
Vous commencez à comprendre comment je procède ! Voir ici :

Au tissu maintenant ! Le tissu avant est imbibé de la « chose ». Mais j’ai de la chance, celui-ci est encore robuste. Je vais pouvoir le nettoyer de manière vigoureuse. Je vais utiliser une brosse à dents à poils durs et du savon noir :

J’arrive à le ravaler plus facilement que pour la Philite :slight_smile:

Pour le faire sécher, je le place dans sa position naturelle. J’utilise le déshydrateur pour contrôler le séchage, je règle la température à 30 °C (pas plus !!!), c’est parti pour 1 heure.


Malheureusement, l’anneau en carton a gondolé. Comme il est encore légèrement humide, je vais le placer sous presse le temps qu’il finisse de sécher, pour 12 h.

Le résultat est impeccable !

La partie métallique est oxydée (je n’ai pas pu la retirer lors du nettoyage car la rouille est prise dans le tissu et je risquais de tout déchirer). Je nettoie la rouille à la laine de fer et je passe une couche de convertisseur de rouille + couche protectrice.

La zone autour du support métallique est d’ailleurs déchirée, je la répare avec un morceau de soie et de la colle de poisson (je détaillerai la méthode plus bas).

Pour le dos en tissu, en revanche, celui-ci est bien trop fragile pour un nettoyage à l’eau ! Je vais simplement me contenter d’un nettoyage à sec à la brosse fine.

Le tissu est trop fragile dans cet état. Pour le stabiliser, je vais appliquer de la colle de poisson sur des petits carrés de tissu en soie. La soie est fine et était utilisée par Philips dans certains haut-parleurs de l’époque, c’est donc un matériau idéal (bien que coûteux…).
Ici, il faut avoir le coup de main ! Je vous recommande de vous entraîner sur du tissu sans valeur avant. En effet, pour que la restauration soit réussie, il faut en mettre suffisamment pour que le renfort tienne, mais sans trop, de sorte que le tissu à réparer n’imbibe pas la colle (car elle risque de ressortir côté visible et cela fera des taches visibles… il faudra alors tout diluer à l’eau et recommencer…).

Le tissu étant stabilisé, normalement, celui-ci n’était pas solidaire de la grille arrière car un œillet était serti entre le tissu et la grille pour le passage du cordon. L’œillet d’origine est resté sur la grille et je souhaitais le conserver. Je pose donc un second œillet sur la zone que j’ai réparée (cette modification sera donc totalement réversible, tout en conservant les éléments d’origine).

C’est l’heure du remontage du moteur, comme certaines pièces étaient cassées, je les ai usinées au tour ! Tant qu’à y être, j’en ai fait plusieurs ! Ça me servira sans doute plus tard, à moi ou à d’autres.
D’autant plus que le pas des filetages n’est pas classique ! Pour la tige de cône et les tiges d’appui, c’est du M1.7 ! Pour les prisonniers, c’est plus classiquement du M2 (pour le vocabulaire, je reprends celui du document Philips).

Certaines pièces du moteur étaient en laiton recouvertes d’un métal de protection.
J’ai également reproduit ce procédé (les éléments sont maintenant gris argent et non jaune laiton). J’utilise une solution d’étamage chimique à froid. Les pièces sont dégraissées dans de l’acétone, je les frotte à la paille de fer 000 et elles passent 5 min top chrono dans la solution. Ensuite, elles sont lavées sous un filet d’eau puis séchées.

Attention ! Cette solution contient principalement de l’acide sulfurique et de la thiourée. Ça provoque des irritations cutanées, oculaires, c’est cancérigène et néfaste pour les organismes aquatiques sur le long terme… Si vous vous procurez ce genre de produit, vous ne devez pas faire n’importe quoi avec : vous devez porter les EPI nécessaires et savoir où le rapporter une fois le produit usagé (c’est souvent payant).

J’ai également relevé les cotations des différents éléments des moteurs 2044 et 2034, cela vous permettra de refaire les pièces si celles-ci sont absentes d’un moteur :

Lors d’un démontage complet du moteur (si nécessaire — abstenez-vous de le faire si vous pouvez vous en passer), il est important de ne jamais démonter les pièces polaires, sinon l’aimant perd une grosse partie de son magnétisme… ce serait dommage ! Vous pouvez, à la limite, desserrer prudemment les écrous de maintien pour régler l’espacement polaire, mais c’est tout.

Le remontage du moteur se fait comme suit :

Vous remarquerez que je n’ai pas démonté les pièces polaires (c’est interdit) et que je n’ai pas démonté les lames ressorts et les prisonniers (ce n’était pas nécessaire).

Je nettoie les pièces de la limaille qui pourrait s’y être collée.
Je place donc l’ensemble des pièces de serrage et la petite armature.

J’installe les rondelles entre la petite armature et les lames ressorts, puis les nouvelles tiges d’appui !

C’est à cette étape que je viens régler le positionnement de la petite armature. Dans la doc, Philips préconise des cales étalons. J’ai encore l’agilité de le faire à la main, donc je le fais sans les cales. La petite armature doit rester naturellement au centre de l’espacement polaire, même lorsque l’on appuie ou tire sur les tiges d’appui. N’oubliez pas de bien serrer (mais pas trop ! c’est du laiton et ça casse !!!) les tiges d’appui, qui participent grandement au centrage du petit pont.

Vous avez compris que ce sont les deux vis sur les pièces de serrage qui maintiennent le réglage du centrage. Et pour insérer la bobine, il faudra en ôter une sur deux ; celle qui restera en place devra être relativement serrée pour ne pas perdre le centrage (attention à la force exercée, ce sont aussi des vis en laiton…). Vous devrez également démonter de nouveau la petite armature.

La bobine s’insère par le bas (jamais par le haut ! au risque de casser les pièces polaires ou d’arracher les fils de la bobine… attention également au sens !).

Une fois en place, on remonte la petite armature, les rondelles et les tiges d’appui. Elle est parfaitement centrée autour de la petite armature et maintenue en position à l’aide de 4 gouttes de colle de poisson.

On remonte maintenant le petit pont et la nouvelle tige de cône, on maintient le tout en place avec quelques gouttes d’étain :

Le moteur est maintenant complet et prêt à être remonté !

Il est placé sur son étrier de suspension. Je câble également le moteur. Le câble d’origine n’est plus utilisable, il est oxydé à cœur et se casse de toute part. Je n’ai pas encore trouvé de remplaçant idéal (un cordon souple, noir et tressé coton). En attendant, j’utilise un câble d’alimentation imitation ancien :

Enfin, j’installe la membrane et je pose les rivets :

Après un essai concluant sur un 2515, je pose la dernière goutte d’étain pour sceller le moteur du haut-parleur.

Je m’attaque maintenant à la grille avant ! Elle est en très mauvais état… très oxydée…

Je nettoie d’abord en grattant avec un bâton en bois pour y voir plus clair. L’opération a pris très longtemps…

Une fois que tout est nettoyé, on se rend compte de l’état réel du décor en laiton. J’en profite pour détordre le décor avec les doigts et un coin de table !

Ces décors sont en laiton, ils ne sont pas de couleur jaune laiton car ils sont oxydés chimiquement (le laiton est « bruni ») et cette couche d’oxydation est protégée par une couche de vernis.

Habituellement, quand ils conservent leur couleur d’origine, je nettoie légèrement et ne touche à rien. Même s’il y a des petits défauts visibles, je ne prends pas le risque de dénaturer la couleur d’origine.

Là, je suis face à un dilemme. Mais la face étant en trop mauvais état, je me lance finalement dans la restauration de celle-ci.

Je ponce donc avec du papier abrasif de différents grains, cela va me prendre des heures !


J’utilise du « Mirror » pour m’aider. Le Mirror décape légèrement de manière chimique, c’est une aide que je ne refuserai pas !

Et voilà le chantier ! Mais la grille est enfin décapée :slight_smile:

Je place le tout sous la douche pour nettoyer le Mirror, et je frotte :

Idem pour les écrous de fixation :

Pour redonner l’aspect d’origine, je vais utiliser un brunisseur de laiton. Attention, c’est aussi un produit dangereux à manipuler, utilisez les EPI en conséquence. Je dégraisse à l’essence F puis finalement à l’acétone. À l’aide de mèches en coton, je viens appliquer le produit en réalisant des petits cercles, jusqu’à ce que l’on obtienne la couleur voulue. Plusieurs méthodes peuvent être employées pour brunir le laiton. Il est possible de diluer le produit dans de l’eau déminéralisée et de faire un ou plusieurs trempages.

Voilà le résultat !

Si vous apercevez la couche d’oxydation s’effriter en paillettes, c’est que la couche a été mal appliquée (je l’ai appris à mes dépens…).

Il faut donc tout recommencer : ponçage, préparation de la surface à l’acétone uniquement. Je viens passer un coup de laine de fer en 000 avant application du brunisseur. Cette fois, j’applique le brunisseur par petites couches (au lieu d’une grosse d’un coup). Je fonce au fur et à mesure le métal jusqu’à obtenir la couleur souhaitée !

Après séchage à la microfibre, je viens immédiatement appliquer une couche de cire microcristalline pour protéger la couche d’oxydation :

Les écrous ont droit au même traitement (Après/Avant) :

Et voilà :

Voilà, par comparaison, le décor que j’ai retravaillé et celui d’origine :

Celui d’origine est légèrement plus bleuté car il a été recouvert d’une couche de vernis au pistolet.
Je ne sais pas encore quel type de vernis utiliser, son comportement dans le temps et son application. Je préfère donc, pour l’instant, me contenter de la cire microcristalline (quitte à y revenir dans quelques années).

La grille arrière est bien abîmée, elle aussi !

Je vais donc travailler le métal à l’aide de la bosse ronde et en plastique du dos d’un tournevis et de la table. Je procède de l’extérieur vers l’intérieur des impacts.

Je frotte maintenant la rouille à la paille de fer et je la traite au convertisseur + protecteur :

On remarque que les numéros de série coïncident !

Il est maintenant enfin l’heure de remonter tout ça !

Vous devrez le faire dans l’ordre, et replacer les caoutchoucs durcis (par le temps) dans leur position exacte ! Sinon, cela ne se refermera pas correctement, vous allez forcer sur les écrous et risquerez de casser la Philite.





On n’oublie pas les trois plots en laiton qui maintiennent en place les deux coques :


La restauration est maintenant terminée !

Merci d’avoir lu cette aventure, qui m’a occupé plusieurs week-ends !
J’espère que ça vous aura plu et si vous avez des questions, des suggestions ou des remarques, n’hésitez pas à en faire part ! :smiley:



7 « J'aime »

ton papier est un mandat carte de paiement d’une somme de 90 francs et 1 franc 50 de taxe mandat
adresse au chef de region ??

par contre y a du boulot …

2 « J'aime »

Bravo !
Je pense que je ne l’aurais pas pris… incroyable résurrection !

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Pareil ! Je suis soufflé par le résultat et le travail effectué
Bravo Seb

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