Bonsoir,
Encore une nouvelle restauration : un diffuseur construit par Philips, de la gamme « Troubadour » !
Dans cette gamme, on connaît quatre modèles : le 2108, le 2109, le 2115 et le 2119.
Ici, je vais vous parler du 2115, qui est un diffuseur moyennement difficile à restaurer (par rapport aux trois autres modèles, dont la difficulté de restauration varie d’un modèle à l’autre).
Ce diffuseur a été construit vers 1932 et était vendu, par exemple, avec les postes 2511 ou 720A. Il utilise un haut-parleur de type 2055, que l’on retrouve également sur les premières versions du 730A.
Avant toute restauration, il est important de prendre son temps et de consulter les documentations disponibles. Voici donc le manuel de service du 2115 et de son 2055 :
J’ai acquis ce diffuseur lors de la dernière bourse Radio TSF des Radiofilistes de l’Isère. Faisons un état des lieux :
Il a déjà beaucoup vécu ! Premier constat : il conserve sa toile d’origine, mais elle est très abîmée. Les cachets de garantie sont absents, il a déjà été ouvert. La membrane du haut-parleur est très abîmée et il faudra vérifier qu’il ne manque pas de morceaux. L’étiquette avec le prix est collée sur le carton bakélisé. Deux morceaux de Philite manquent (non visibles de face), les tissus des évents sont décollés et il y a beaucoup de poussière !
Je tiens à insister sur le danger du scotch et autres adhésifs : s’il vous plaît, messieurs et mesdames les vendeurs, jamais sur les décorations imprimées des cartons bakélisés ! Au moment de retirer l’étiquette, on arrache tout…
Commençons par démonter l’appareil. Placez un chiffon bien à plat pour ne pas rayer la Philite, puis posez le diffuseur face avant dessus. On a alors accès aux trois écrous qui maintiennent le montage en place, que l’on retire avec une douille (ou clé à pipe) de 8. Ensuite, maintenez le montage avec les mains et retournez à nouveau le diffuseur :
Il suffit de retirer la face avant par le haut, et on a accès au reste :
Pour séparer le haut-parleur du reste, il faut déconnecter les fils de la platine du transformateur de sortie :
Voici le tout démonté, avec son lot de poussière :
Le haut-parleur est en mauvais état : la membrane est abîmée et le métal oxydé :
J’avais déjà réalisé une restauration similaire ici :
J’adore ces haut-parleurs car ils sont relativement faciles à démonter ! Malheureusement, après celui-ci, Philips fabriquera des modèles de moins en moins démontables.
Pour retirer la membrane, il faut enlever les neuf vis qui maintiennent la suspension extérieure, puis la dixième vis de la suspension intérieure :
Ensuite, déconnectez les fils de la bobine du cône (sous la plaquette du transformateur). Il faudra également dégrafer les deux attaches métalliques qui retiennent les fils de la bobine du cône (attention, elles sont très fragiles et se cassent facilement) :
Une fois fait, retirez délicatement le pourtour en métal qui presse la suspension. La membrane devrait s’enlever sans résistance (attention : elle est presque aussi fragile qu’une feuille morte) :
Je dépoussière la membrane et récupère tous les morceaux qui se détachent :
Maintenant, nettoyage de la membrane. Elle doit être propre pour que la colle adhère correctement. J’utilise de l’eau et du savon noir, mais avec parcimonie pour éviter de la déformer.
Exemple ci-dessous, où j’utilise plus d’eau à cause d’une saleté importante, mais je sèche immédiatement avec un chiffon en tapotant légèrement :
Plus la membrane reste peu mouillée, mieux elle se portera.
Pendant le nettoyage, certains morceaux se détachent. Je les mets de côté et note leur emplacement. La manipulation se fait au pinceau humide car ils sont très fragiles :
Une fois la membrane propre et sèche, j’utilise du scotch de masquage pour maintenir temporairement les déchirures (il faut replacer les morceaux dans le bon ordre pour que la réparation soit la moins visible possible) :
Je tapote délicatement avec un pinceau (et de l’autre côté avec le doigt) pour que la membrane adhère correctement au scotch et que les déchirures restent naturelles :
Tous les morceaux sont retrouvés et les déchirures stabilisées :
Je prépare la colle : ici, de la colle poisson, car le processus est réversible (elle s’enlève à l’eau). Je recommande fortement ce type de colle animale pour un travail de qualité.
Pour la préparer, je fais un bain-marie, plonge le pot de colle dans un bol d’eau chaude (40 à 50°C), agite après 5 minutes, remets de l’eau chaude, et 10 minutes plus tard, elle est prête à l’emploi.
J’utilise des bandes de papier japon comme renfort, pliées et déchirées à la main :
Je place un morceau de feuille de polypropylène transparent (support pour appliquer la colle), j’applique la colle avec un pinceau fin. Une fois qu’elle devient translucide, je récupère le morceau avec une pince brucelle et le place sur la déchirure (côté colle sur la membrane). Avec un second pinceau dur, je tapote doucement pour que le papier adhère parfaitement (il doit rester translucide, sinon il n’adhère pas) :
La membrane est réparée et je laisse sécher une nuit complète (voire 24 h) :
Pendant ce temps, je traite le saladier et l’aimant très oxydés :
J’utilise une méthode simple mais efficace : une visseuse Lidl avec un morceau de paille de fer scotché. Attention à protéger l’entrefer avec du scotch, sinon limaille et rouille risquent de se retrouver dans l’entrefer et ca ne sera pas facile à enlever.
Le reste de la limaille est nettoyé à l’aspirateur, pinceau et morceaux de scotch.
Je traite ensuite la rouille au Frameto. Ce produit ralentit la corrosion et protège, ce qui est pratique pour l’avenir (50 ans au moins). L’intérieur est généreusement enduit :
Pour l’extérieur, j’applique le Frameto uniquement sur les zones oxydées pour l’esthétique et je laisse sécher quelques heures.
Je nettoie ensuite la Philite :
Je désassemble le cordon et les câbles :
On remarque l’un des trois patins en feutre vert d’origine. Je ne les remplace pas encore car le feutre d’origine est rare (feutre de poil animal) et le feutre synthétique disponible ne me convient pas. Je patienterai jusqu’à trouver le bon feutre :
Je retire les morceaux de scotch restants. Une petite zone est déjà perdue car quelqu’un a essayé avant moi :
J’utilise un solvant doux (essence F) pour ramollir la colle sans abîmer le reste. Il a fallu près d’une heure pour retirer tout le scotch, mais le résultat en vaut la peine.
Pour la Philite, je nettoie à l’eau et au savon noir. Sur le carton bakélisé, je mouille le moins longtemps possible et je sèche rapidement :
Avant / après la « douche » :
Après séchage, je travaille sur l’aimant et le saladier avec de la paille de fer pour un effet mat :
Ensuite, je retire la paille de fer et le scotch de l’entrefer (le centre à aussi été traité après cette photo) :
Puis je réassemble la membrane, centrée à la main (ou avec cales papier si nécessaire).
N’oubliez pas de traiter aussi les vis :
Une fois terminé :
Les modèles « Troubadour » présentent souvent une zone particulière avec un aspect surprenant :
On dirait une réparation/rectification d’usine après démoulage de la bakélite. Je suis curieux de connaître le phénomène exact car la philite semble s’oxyder ?
Une fois le tout sec, j’applique une cire microcristalline sur la bakélite. Elle est moins acide que les cires naturelles et assure une meilleure stabilité dans le temps.
Pour l’application, il ne faut vraiment pas en mettre beaucoup ! J’utilise une microfibre comme applicateur et viens frotter les zones en faisant des petits cercles. Lors de cette étape, il est important de lisser le produit pour que la répartition sur la surface soit uniforme.
Il faut attendre 5 à 10min que le produit sèche puis, avec une autre microfiche, je viens polir la cire sèche pour la rendre brillante (toujours en réalisant des mouvements en cercle).
Attention, je le répète, mais il faut appliquer ce produit avec parcimonie !!! Si vous en mettez trop, cela laissera des traces visibles que vous aurez du mal à rattraper (vraiment !). Préférez plusieurs passes avec des couches fines plutôt qu’une seule passe avec une couche trop épaisse ![]()
Je recolle les pare-poussières des évents arrière avec de la colle poisson, en deux étapes, avec un séchage d’environ 48 h entre chaque :
Je conserve le tissu d’origine, bien abîmé, et je le protège avec une fine toile de soie noire. La décoration reste visible par transparence.
L’ancienne toile est nettoyée à sec avec un pinceau très souple. Elle est fragile et la peinture dorée s’enlève facilement, je n’insiste pas sur certaines zones.
Je réassemble le reste dans l’ordre inverse du démontage. Le cordon est fonctionnel mais pas encore remplacé (je n’arrive pas encore à retrouver un cordon souple, gainé coton noire qui pourrait être un bon remplaçant … donc, en attendant, ca restera comme ca !).
Veuillez à ne pas serrer les boulons trop fort ! La Philite n’aime pas la contrainte et elle pourrait finir par se fissurer dans le temps …
Et voilà, mission terminée ! J’espère avoir prolongé la vie de cet appareil d’au moins 50 à 100 ans supplémentaires ![]()
Et j’espère aussi ne pas avoir fait de bêtises lors de cette restauration, j’ai à cœur de faire les choses bien et de continuer d’apprendre, restauration après restauration, tout en affinant mes méthodes.
Je suis d’ailleurs ouvert à tous vos retours, suggestions et remarques ! Et n’hésitez pas si vous avez des questions ![]()
Bonne soirée,
Seb
Doctsf (Modèles & Marques)
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