C’est tout à fait ça ; chaque passion meurt avec le passionné. Si il a su susciter le même engouement chez un proche, l’objet de cette passion sera considéré comme un trésor, dans le cas contraire comme (un, des) encombrant et traité comme tel pour tout ce qui est sans réelle valeur ou en a l’air : radio, tv, etc
Il ne reste que ce qui vaut cher au moment où le passionné casse sa pipe, ou ce qui trouverait facilement preneur comme un véhicule, à éviter une mise au rebus sans autre forme de procès.
C’est tout le problème de la société de consommation, car je crois qu’on peut dire que c’est intimement lié.
Par exemple, ce cas concret :
Les foires à tout, les dépôts des copains de l’abbé Pierre, les sites de vente etc sont particulièrement bien fournis en machines à coudre en fonte. L’offre dépasse de loin la demande alors même que cet outil de travail n’est pas obsolète au sens strict du mot.
Personne ne veut de ces chars indestructibles dont la compagnie Singer elle-même disait (et c’était vrai) qu’ils étaient faits pour durer plusieurs générations.
Pensez vous, ça ne fait que le point droit ! D’accord ça le fait parfaitement, mais ça ne fait que ça et encore si la machine n’est pas trop vieille on a peut-être une chance qu’elle ait une marche-arrière.
Donc sauf valeur sentimentale ça n’intéresse personne. Même à l’heure où on papote, avec toutes les personnes qui essaient de coudre des masques, ces machines sont a l’abandon et intéressent peu de monde. Quelques initiés on va dire.
Pour qu’une machine soit intéressante il faut une foule de points fantaisie, qui certes servent autant qu’un 5e rapport qu’on aurait voulu greffer à une 2cv Citroën, mais qui doivent être là. Tant pis si du coup ça fait plus ou moins mal le point droit.
Il ne reste donc qu’un tout petit public en métropole, et ça ne vaut rien sur le marché de l’occasion. Comme nos tsf !
Mais, car il y a un mais.
Mais en Afrique, ce n’est pas du tout la même mayonnaise : par exemple une association belge achète, rénove, et expédie ces machines solides, sachant se passer d’edf, au confins du continent africain où chaque machine va être aussi choyée qu’utilisée.
Peut-être est-ce une question de niveau de vie, ou parce que ici la machine a une certaine connotation négative depuis la libération de la femme ? Toujours est-il que la-bas ils sont plus pragmatiques. J’allais dire qu’ils ont les yeux en face des trous.
Et le pire c’est que la singer 15, plus que centenaire, se fabrique toujours. On ne la trouvera pas en magasin chez nous, snobs que nous sommes, mais dans ce qui est appelé les pays en voie de développement, ces pays qui ont gardé assez de bon sens pour ne pas céder à la folie du tout avoir toujours tout neuf, pour rester dans le vent, si j’ai bien compris certains tenants du message publicitaire de trop nombreuses firmes.
Maintenant il faut que ça brille, quitte à ce que ce soit de la *
- ajouter le mot qui convient.
Alors que vont devenir nos radios après nous ? A moins d’un miracle, la compression à la Cesar n’est pas loin. Déjà leurs amoureux se raréfient. Je ne compte plus les amis, ici ou chez Jacques, qui sont QRT.
Je peux comprendre que lorsqu’on estime la valeur de sa propre collection on soit tenté inconsciemment de légèrement surévaluer, on aurait l’impression de se tirer une balle dans le pied en disant que ça ne vaut pas une boite de clous. Mais ça n’en vaut pas moins des clous, la vie est ainsi faite. Dans une société de consommation, les modes se suivent et ne se ressemblent pas.
Du coup il faut profiter de nos jouets au maximum. J’écoute par exemple quand je le peux les grosses têtes sur un jambon philips. Oui j’use les tubes, c’est clair. Mais au moins je me fais plaisir parce qu’après moi, tubes usés ou pas, ce sera sans doute déchetterie. Autant qu’il parte à la benne en ayant servi, non ? Et ce jour là il vaudra ce que valent les vieux tromblons : une TEOM à payer pour vider les bennes.